Un peu d’histoire

Un peu d’histoire

2 janvier 2020 Non classé 1

La région de Thy-le-Château, au sous-sol riche en minerai de fer, a été, de tous temps, un haut-lieu de la production artisanale, puis industrielle de l’extraction et transformation du fer. Dès avant la Pax Romana, bien des villages comptaient des mines artisanales et des « basfourneaux » permettant les coulées de fonte. L’Empire Romain se contenta de les perfectionner et d’atteindre un rendement de l’ordre de 10 kg de fer par jour. Certains historiens prétendent que la région était la plus développée de l’empire pour la production du fer. Les besoins en charbons sont d’ailleurs la cause d’une bonne partie de la déforestation précoce de la région. Il est probable que la « rue du Fourneau » où est sise la Chapelle, tire son nom d’une appellation très ancienne, en rapport avec les bas-fourneaux artisanaux, installés sur ce versant de la Vallée de la Thyria.

Désiré Joseph Blondiaux naît au début du XIX° siècle, le 27-01-1813, à Gougnies (Biesme), autre place, assez proche, de la métallurgie ancestrale. Simple ouvrier, il débute dans l’industrie au plus bas échelon aux Forges de « La Hatere » à Biesme. Bien que dépourvu de tout diplôme, il fait montre de remarquables qualités dans le métier métallurgique, ainsi que comme meneur d’hommes. M. Puissant d’Agimont, le propriétaire des Forges, remarque ses aptitudes et, en fait précocement un « facteur » (surveillant des travaux).

De son côté, M. Pirmez (1803-1866), industriel de Gougnies et Biesme (cité métallurgique depuis le XIV°), et qui a participé aux actions révolutionnaires de 1830 à Châtelet, était du même métier et du même village que M. Puissant d’Agimont (lui a-t-il succédé ?) ; à ce tire, M. Pirmez a probablement fréquenté les meilleurs hommes des Forges, dont Désiré Blondiaux. Ce dernier a probablement parcouru une étape professionnelle intermédiaire entre les Forges de Biesmes et celles de Thy-le-Château qu’il gagnera pour travailler à la Société « Smet & Cie », laquelle, en 1854, succédait à la société « Riche & Cie », producteur d’acier à Thy-le-Château. En 1859, une assemblée générale extraordinaire appelle Désiré Blondiaux, 46 ans, à remplacer M. Smet en tant que gérant de l’usine. Par même décision, on lui confiera aussi des terrains à Marcinelle au lieu dit « Wez St Martin», pour y construire une deuxième usine. Par la suite, il se forge une réputation d’industriel de haut-vol et deviendra « Directeur-Gérant des HautsFourneaux & Forges de Thy-le-Château ». En 1861, il fonde la société « Blondiaux & Cie ».

Très paternaliste, il dirigera jusque 2000 ouvriers qui l’adorent ; il les tutoie et « boit la soupe avec eux ». Il fait construire des logements ouvriers. Il fut bourgmestre de Thy-le-Château de 1872 à 1879.

Le 18 septembre 1844, Désiré avait épousé à Dinant la fille de M. Agathon-J Defacqz, Florence-Joséphine, née en 1821 à Walcourt, qui lui donnera 5 ( ? ou 6) enfants, dont seuls deux survivront à leur 5ème anniversaire : AugusteAgathon-Désiré (1845-1900) qui héritera de la situation paternelle ; et Camille, né en 1850, qui, à l’âge de 16 ans, décèdera le 17-12-1866 des suites d’un « accident de la route ».

Ses parents lui érigent (à une date inconnue) la Chapelle de la rue du Fourneau qui nous intéresse, originellement « dédiée à la Vierge » à la mémoire de l’adolescent défunt ; par ailleurs, ils dédient un capital dont les intérêts constituent chaque année le « Prix Camille », qui, pendant plus d’un siècle, alloue une bourse au lauréat des écoles primaires communales de Thy-le-Château.

Son frère Auguste, seul survivant de la fratrie, prendra la suite des affaires de son père comme « Grand Maître des Forges ». Sa carrière l’amènera à Morialmé (Florennes) dont il sera bourgmestre, puis, en 1893, à Marcinelle où sera transporté une bonne partie du matériel industriel de Thy-leChâteau. Grand bâtisseur, il présidera aussi (vers 1875-1880) à l’édification, en haut de la rue du Fourneau, du Domaine de « Champ Bourdon » qui tire probablement son nom du bourdonnement permanent produit par l’aciérie, qu’on devait percevoir là, sur les hauteurs nord qui dominaient l’Usine de la vallée de la Thyria. Le « Château de Champ Bourdon » ainsi que ses écuries et dépendances dominait la vallée et s’étendait directement sur les terrains surmontant la Chapelle érigée à la mémoire du jeune Camille. Désiré, le père d’Auguste, n’habitera jamais la propriété, car il décède le 06-07-1879, à l’âge de 66 ans. Un monument de pierre bleue à sa mémoire trône au milieu du cimetière de Thy-le-Château.

Son épouse, par contre, Florence-Joséphine Defacqz, vivra au Champ Bourdon les dernières années de sa vie jusqu’à son décès le 6 juillet 1879.

La propriété de Champ Bourdon sera plus tard vendue à M. Allard, bourgmestre de Mont-sur-Marchiennes. Après l’armistice de 1918, M. Allard, à son tour, l’avait vendue en 1934 à la société Alexandre & Bernheim, laquelle mettait de nouveau le bien en vente dans la seconde moitié des années 1930.

Louis Piret, le nouvel homme fort de Thy-le-Château, bien qu’il n’en jouît jamais à son usage propre, jouera cependant un rôle important pour l’avenir de la propriété. En mai 1904, l’entrepreneur avait repris l’usine sous le label « S.A. Usines métallurgiques de Saint Eloi » (qui déposera le bilan en 1987) et fondé, en 1907, une 2ème société « La Compagnie Générale des Aciers», qui occupera 1350 ouvriers en 1930 mais sera mise en faillite dès 1974. Fin 1944, Louis Piret sera emporté par une embolie.

Par l’entremise de l’ancien curé de Thy-le-Château, l’abbé Bonjean, Louis Piret avait acquis le Domaine de Champ Bourdon en 1938, pour le compte des Missionnaires Pères Blancs d’Afrique. Ceux-ci cherchaient un lieu en Wallonie pour fonder un nouveau séminaire qui devait former leurs vocations francophones. Les dépendances (en forme de « H ») de la propriété sont aménagées pour y construire de nombreuses chambres et des salles de cours, le tout relié par un cloître aux proportions harmonieuses. Le Château de Champ Bourdon qui n’est pas encore entouré de nombreux arbres comme aujourd’hui.

De 1939 à 1965, au travers des deux guerres et de leur cortège de drames (qui frappèrent cruellement les Pères blancs en 1944), 27 générations de séminaristes furent formées au Champ Bourdon. Désormais le haut de la colline est devenu, dans toutes les bouches à Thy-le-Château, « chez les Pères Blancs ».

Dans les premiers mois de 1941, M. Piret fit restaurer la Chapelle de la rue du Fourneau, située en face de la grille sud de Champ Bourdon. Les travaux furent terminés au mois d’août.

En 1946 l’Aile Ouest du « H » est reliée au Château avec la construction du réfectoire, et on augmente la capacité de la maison en ajoutant un étage au bâtiment des séminaristes.

La grande chapelle, dans le haut du terrain, est achevée à la fin de 1948. Dans son style sobre et sévère, elle est l’œuvre du célèbre architecte belge Henri Lacoste dont l’un des fils était entré chez les Pères Blancs.

A partir de 1958, « le Château » est affecté à l’accueil de retraites. Le « Centre Champ Bourdon », fortement en perte de vitesse au niveau des vocations, se mue en « Fraternité Missionnaire » ; celle-ci accueille des groupes et des retraitants ; il comprend 32 chambres d’accueil.

Au cours de l’année 1977-78, la fermette, du haut de la propriété est transformée en Gîte pour des camps-chantiers. Les groupes s’y installent de manière assez autonome.

En août 1989, les Pères blancs cèdent la place à la jeune « Communauté des Béatitudes » qui rachète la propriété en 1998 et habite, jusqu’à aujourd’hui, le « Champ Bourdon ».

La reconnaisse par l’UNESCO, en décembre 2012, des 15 Marches de l’EntreSambre-et-Meuse (dont celle de Thy-le-Château) comme « Chef-d’œuvre du Patrimoine Oral et Immatériel de l’Humanité » a consacré leur importance folklorique et populaire, particulièrement durant tout le XXème siècle. A Thy-le-Château, c’est la relique de St Pierre qui est solennellement processionnée lors des festivités de la Sts Pierre et Paul, au moins depuis 1617, date de la création de sa châsse par l’orfèvre namurois Henri Libert.

En 1919, Louis Piret s’était porté acquéreur du Château médiéval de Thy-le-Château ; il le restaure et contribue ainsi grandement au prestige du village, ainsi qu’à la solennité et la remise en valeur de la Marche de la Sts Pierre et Paul. La Marche du 29 juin (ou du dimanche qui le suit immédiatement) connaît une étape importante à la bien-nommée « Chapelle St Pierre » de la rue des Monthys. A l’époque des Pères Blancs, la procession traverse par l’ouest la propriété de Champ Bourdon (au départ du terrain de football) et y marque la pause de midi, au cours de laquelle les marcheurs dînent au réfectoire du Séminaire.

À la reprise, une décharge honore la chapelle de la rue du Fourneau, appelée elle aussi, à l’époque, « Chapelle St Pierre » en raison de sa mise en valeur par le passage des reliques de St Pierre. Une statue du Saint y est d’ailleurs installée, probablement dans les années 1940 ou 1950, justifiant son appellation populaire. Il est à noter qu’aucune autre chapelle que les deux « Chapelles St Pierre » de la rue des Monthys et de celle du Fourneau, ne jalonnent le parcours de la Marche, jusqu’à la potale de la rue de la Pairelle, avant-dernière étape de la Marche.

Hormis son intérêt pour la Marche, il ne semble pas que la Chapelle de la rue du Fourneau ait jamais véritablement connu un culte assidu, ni du temps des Pères Blancs d’Afrique, ni à l’époque des Béatitudes qui y célébraient cependant chaque année une « messe des bergers » dans la nuit de Noël.

Cette faible occupation de la chapelle, pourtant architecturalement remarquable à bien des égards, explique sans doute le peu d’énergie et de moyens déployés pour sa conservation et, de là, son piteux état actuel.

2017 : Naissance de l’asbl « Chapelle Notre-Dame de la Marche »

En 2016, Arnaud Delmarche acquiert la propriété de l’étang, au n°1 rue du Fourneau, située en contrebas direct de la Chapelle. Amateur de Patrimoine, il interpelle ses nouveaux voisins, la Communauté des Béatitudes, propriétaires du bien, sur l’esthétique soignée et le caractère typique de la chapelle qui jouxte sa nouvelle propriété, mais aussi sur l’urgence de sa restauration pour éviter sa ruine.

De là naît assez vite l’idée d’une collaboration pour rechercher les fonds nécessaires et mettre en œuvre les bonne volontés. Pour respecter l’intention initiale des commanditaires de cette chapelle (une « chapelle dédiée à la Vierge », et en mémorial au jeune Camille Blondiaux), mais pour honorer aussi ses trois demi-siècles d’histoire, fortement liés à la Marche Sts Pierre et Paul, il est décidé de la rebaptiser « Chapelle Notre-Dame de la Marche ».

C’est sous ce vocable que se crée en janvier 2017 notre association qui a pour objet « la restauration et l’entretien de la Chapelle, ainsi que la promotion d’un accueil spirituel le plus large possible, en lien avec la Paroisse Sts Pierre et Paul, la Communauté des Béatitudes (propriétaire), ainsi que la vie culturelle locale et en particulier la Marche Saints Pierre et Paul » (Statuts de l’asbl, Art.III).

Parmi les membres fondateurs de l’association, on peut citer :

  • Le responsable de la Communauté des Béatitudes (propriétaires du bien), P. Jean-Luc Lorbel
  • L’entrepreneur Arnaud Delmarche, DRH chez Wanty, passionné de Patrimoine ; et Emilie
  • L’architecte Yves Canevat, Président de la Grande Marche Sts Pierre et Paul ;
  • L’abbé Hadelin de Lovinfosse, curé de la Paroisse Sts Pierre et Paul de Thy-le-Château ;
  • Le notaire Vincent Baelden, voisin du bas de la rue ;
  • Le Président du Conseil de Fabrique, Louis Corbeau, ex-Directeur de l’Usine ; et son épouse Nicole
  • Fr Jean-Philippe RENDERS, ingénieur et religieux des Béatitudes, intéressé par l’histoire locale du site.

L’objectif des membres fondateurs est donc de donner ou redonner à notre chapelle le cachet avec lequel elle a été construite et mettre ainsi en valeur le patrimoine de la commune, notamment dans la cadre de la Marche Sts Pierre et Paul, mais aussi d’en faire, en lien avec la paroisse et avec la Communauté des Béatitudes, un lieu de prière confortable et beau, où chacun puisse venir se recueillir, confier ses défunts, retisser du lien spirituel, avec les ancêtres et avec Dieu.

Les moyens que souhaite se donner l’asbl sont la recherche de fonds, aussi bien publics que privés, avec l’idée d’intéresser au projet un maximum de thyrocastellopolitains et d’autorités publiques, et aussi l’organisation, la planification et le suivi des travaux de conservation et d’aménagement.

En 2018, l’association a promotionné localement son projet autour de la chapelle, en proposant au quartier l’organisation d’une fête des voisins (le 21 avril 2018), sous forme d’une marche gourmande à travers le quartier ; la formule a remporté un vif succès et manifesté l’intérêt de pas mal de voisins pour la conservation et l’embellissement de la Chapelle, mais plus généralement à la vie du quartier et aux liens sociaux de proximité.

Avec 2019, il est à présent temps de nous retrousser les manches et de nous mettre à l’ouvrage…

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